Leçon n° 5
Les différents modèles de cons de bureau

Si, pour être efficace dans votre chasse au con de bureau, vous devez, comme je vous l’ai dit, apprendre à renoncer à vos fantasmes de vengeance les plus vils, et préférer des actions simples et concrètes, il n’en demeure pas moins que, pour être véritablement efficace, mieux vaut encore connaître à quel type de con au bureau vous avez affaire.

En effet, parce que au royaume des cons au bureau les aveugles ne sont ni borgnes ni rois puisque avant tout ils sont cons, CQFD. Des catégories et même des sous-catégories peuvent être distinguées. Si tous les modèles existent en série, certains sont plus ou moins sophistiqués et proposent plus ou moins d’options. Connaître son modèle permet d’apporter les éléments adéquats à son maniement puisque, et c’est une bonne nouvelle, la connerie au bureau, au-delà de se subir, se gère également. Il va donc être important, dans une phase d’approche, puisque l’acquisition se fait sans vendeur, de situer votre con sur une échelle de la connerie.

Comme j’évoquais, au début de ce manuel, l’attitude de grande vigilance à adopter face au con au bureau (qui, soit dit en passant, constitue déjà une sous-espèce de l’espèce des cons), je ne vous surprendrai pas en vous disant que cette prudence va de pair avec un approfondissement substantiel de votre connaissance du con. Car un con, voyez-vous, cela s’étudie, cela s’observe avec les difficultés inhérentes à sa mobilité. Comme vous, je préférerais le con au bureau modèle dans-le-formol à usage de dissection. Seulement voilà, la réalité est autre. Le con au bureau est très mobile (il est souvent dans l’ascenseur) et, qui plus est, s’il fallait lui attribuer une qualité, dans le domaine de la connerie, c’est un créatif inépuisable. D’aucuns disent qu’il a la « connerie surprenante ». Ces caractéristiques imposent donc des observations in situ, au plus proche de l’animal, qui permettent de dégager de façon très régulière de nouvelles pistes. Le con au boulot, qu’on se le dise, est un vrai sujet de recherche appliquée.

Alors, osons dépasser les qualificatifs qui, selon notre humeur, font de nos sujets d’observation des cons au bureau qui peuvent être « vieux », « sales », « gros », « vicieux », « petits », « pauvres », « sacrés », « putains de cons »… et préférons la rigueur de la science pour tenter d’établir une typologie des cons au bureau.

Le con n + 1, modèle standard

Parmi cette espèce honnie des cons au bureau, il en est une dont le modèle standard mériterait à lui seul d’être déposé au pavillon de Breteuil comme maître étalon de la connerie au travail  – les plus dangereux de la bande  –, qui, de par son nombre et ses méfaits, tient le pompon de la connerie. Il s’agit des cons n + 1. Race autoproclamée supérieure, s’il eut existé des races, ce type de con au bureau est issu d’une espèce de discrimination négative obscure. Quel miracle l’a placé là ? À vrai dire, mystère et boule de gomme. Nul ne le sait, et il est inutile de chercher l’origine de cette abomination, sauf pour vous faire mal puisque c’est tout sauf rationnel, et puis, de toutes les façons, jamais personne ne vous l’avouera. Admettez donc tout bonnement que, régulièrement, et contrairement au lâcher de vipères, qui, lui, a l’avantage de n’avoir jamais existé, le lâché de cons dans les bureaux est une pratique courante, vraisemblablement ancestrale, et qui demeure mystérieuse.

Le con au bureau, modèle standard donc, i. e. le n + 1, n’a qu’un fantasme, celui d’avoir un pouvoir de vie et de mort sur ses subordonnés. La plupart du temps et dans la plupart des structures, rassurez-vous, ce con n’a pas ce pouvoir, mais sa propension à terroriser son entourage donnerait au plus anarchiste d’entre vous l’envie d’adhérer concomitamment à quatre ou cinq syndicats.

Pendant qu’il vitupère, qu’il menace à tour de bras, qu’il monte des dossiers sans jamais vous en parler ni même penser à vous recevoir pour connaître votre version des faits, il est important de toujours garder à l’esprit que ce………………… 2 con ne répond pas seulement au principe de Peter3. Cette croyance fort répandue est une hérésie très réductrice, une inexactitude historique ! Je ne conteste pas qu’il réponde de ce principe, ce que je dis, c’est que cela va bien au-delà. Je postule, en effet, que le con au bureau en est l’incarnation et, pourquoi minimiser mon discours, qu’il en est même le prophète !

Dès lors, et à partir de ce constat, peut-on en conscience lui en vouloir d’être aussi con ? La réponse est oui ! – on ne va tout de même pas flancher maintenant. Le con au bureau, et tout particulièrement le con n + 1, est un nuisible, et son incompétence notoire l’amène nécessairement à toutes les injustices !

Le con n + 1, modèle standard toujours, dans son rapport à ses subordonnés

Observez le con n + 1, modèle standard, évoluer dans son élément. Qu’apprenez-vous ? Hormis son bureau, qu’il souhaite plus grand que les autres avec une fenêtre qui s’ouvre, le con hiérarchique dispose tout d’abord d’une ribambelle de courtisans affables qui ont une fâcheuse tendance à l’appeler « Chef » à longueur de temps. « Bonjour, Chef ! » ; « Oui Chef ! » ; « Bien Chef ! » ; « Ça va, Chef ? » ; « Un café Chef ? » ; « Le chef a dit… ». Voyez-vous de qui je parle ? Vous y êtes ! Admettez qu’il est impossible de préserver ses oreilles de ces « chefs à tout va » dégoulinants. Vous l’avez compris avant même de le lire, cette comédie humaine de soumission affichée est supposée apporter les bonnes grâces du « Chef » précisément. Les plus flagorneurs n’hésitant pas à marquer les grandes dates du chef  – anniversaire et fête  – et à les accompagner de petits présents. Et le pire, c’est que ça marche !

Bien sûr, quand lui dire ne serait-ce que « bonjour » est déjà un supplice, appeler ce con « Chef » et faire des ronds de jambe s’inscrit clairement hors de votre champ du possible. Je le comprends ; et ce d’autant plus que, élevé dans les bas-fonds de la grossièreté, le con n + 1 juge, pour ce qui le concerne, très normal de vous répondre de façon parfaitement aléatoire. Cependant, tout en méprisant à loisir vos collègues qui se complaisent dans cette flagornerie navrante, vous constatez, au jour le jour, avec effroi, les bénéfices évidents de cette petite lâcheté : leur vie semble moins complexe et plus enviable que la vôtre au sein de l’entreprise.

J’imagine sans peine vos questionnements existentiels : sont-ils tous cons ? Seriez-vous donc le seul ou la seule à avoir tort ? Votre aversion contre la connerie vous nuirait-elle ? Est-ce à dire qu’il vous faudra souscrire à cet avilissement ? Est-ce que serpillière est vraiment un métier d’avenir ? Le con aurait-il gagné la partie ?

Allons, allons, il n’est nullement question de capituler en si bon chemin. Si le combat est rude cela veut dire qu’il est intéressant à mener, sinon ce serait beaucoup moins drôle. Le combat est rude, précisément parce que l’adversaire est, comme on a coutume de le dire, rudement con. Aussi gardez espoir et surtout courage, songez qu’il a toute l’Église contre lui, dont son chef.

Oui, vous avez bien lu, Dieu lui-même est certainement sur le coup et à ses trousses. Combien de fois à son encontre ne l’a-t-on pas dénoncé : « Dieu ! mais qu’il est con ! » ; « Nom de Dieu, mais c’est pas vrai, un con pareil… » Si l’Autre existe et a une ouïe convenable, il finira bien par avoir les oreilles qui sifflent et devra tenir compte de ces alertes quotidiennes. En attendant, prions.

Pour les non-croyants et autres agnostiques que n’aurait pas convaincu cet argument massue, c’est le moment où, à la lecture de ce livre, vous devez in petto vous convertir au catholicisme. Alors sera venu pour nous le moment de déclamer ensemble l’appel universel :

Père, ne pardonne pas à ces cons au bureau  – tu sais, surtout les standards, les n + 1  –, ils savent pertinemment ce qu’ils font. P-S. File-leur plutôt une bonne raclée bien méritée !

Enfin, concernant……………… 4, sache qu’il est vraiment très con et que tu peux y aller franco. N’hésite donc pas à te faire plaisir, et même super plaisir.

Cela étant dit, pendant que l’Autre se charge peut-être du sort de ce con, il ne faut pas hésiter à lui donner un petit coup de main. Après tout, cela relève tout bonnement du principe de précaution au cas où Pascal se serait planté.

Alors, pour agir bien, récapitulons. Le con ne vous aime pas, comment le pourrait-il ? (Et vous le lui rendez bien, mais là n’est pas le sujet.)

Comment vous aimerait-il, vous qui avez osé sortir du rang ? Vous, l’ilote récalcitrant ; ourdissez-vous de sombres desseins pour prendre sa place ? Avez-vous connu des réussites ? Êtes-vous apprécié par vos collaborateurs ? Êtes-vous mince alors qu’il est gros ? Gros alors qu’il est mince ? Avez-vous osé lui tenir tête ? Plus infâme encore : vous n’êtes pas con ! Alors là, tout est dit, c’est amplement suffisant pour vous rendre à ses yeux hautement et pleinement détestable. Pour faire court, le con vous suspecte et se méfie. De fait, fort logiquement, vous ayant pris en grippe, il n’aura de cesse que d’essayer de vous imposer différents exercices de soumission. Il exercera son petit pouvoir. Voire, à renfort de coups tordus, il tentera de vous envoyer dans le mur au mépris de l’intérêt collectif. Voyez-vous, comme le disait San-Antonio :

L’échec, c’est la réussite du con5.

Teigneux, revêche, il s’inspire du modèle pit-bull croisé rottweiler sans la muselière. Il ne lâche pas l’affaire, il travaille à l’usure. C’est d’ailleurs un point très important sur lequel j’attire votre attention, dans la mesure où le con au bureau, par ce comportement atypique, a remis très fortement en cause le principe démontré par Ivan Petrovitch Pavlov. Si Pavlov a développé la théorie selon laquelle les réactions acquises par apprentissage et habitude deviennent des réflexes lorsque le cerveau fait le lien entre le stimulus et l’action qui suit, le con n + 1, bizarrement, ne fait aucun lien. À lui tout seul, il met tout par terre de la théorie de Pavlov.

Vous n’avez donc d’autre choix que de vous habituer à le renvoyer à la niche régulièrement et sans ménagement, sans grand espoir qu’il comprenne un jour le lien stimulus-réponse : Fait chier = coup de pied.

À moins que  – c’est là une hypothèse osée  – le con au bureau aime les coups de pied ; mais ça, Pavlov est mort sans le préciser.

Réfractaire à la théorie de l’éminent physiologiste et médecin russe, le con n + 1 va donc, dans un premier temps (et de façon régulière), tester vos limites. L’idée pour lui étant de vous pousser à bout ! Vous êtes prévenu ! Pour mener à bien sa stratégie à la con, il se sera renseigné sur vous (ce qui, je le note, pour un con, n’est pas si con). Il va alors vous épier, être à l’affût d’un signe de faiblesse, puis, au moment qu’il jugera opportun, il plantera ses crocs dans la chair fraîche de votre insouciance. Soyez prévenu aussi que la plupart du temps le con n + 1 standard n’ira pas à la confrontation directe, préférant largement les coups bas, les coups dans le dos, les peaux de banane, la rumeur, les « on m’a dit que » mielleux et sirupeux. C’est simple, s’il y avait des shipchandlers du coup de pute, il ouvrirait une franchise.

Les deux grandes familles de cons au bureau

Si les deux familles brillent au firmament de l’incompétence et constituent des astres permanents que les érudits définiraient comme points de repère immuables de la connerie, il est important de distinguer, tout comme dans les royautés étincelantes et dégénérées, deux grandes lignées de cons que j’appellerai ici « familles ». Pour faire simple, d’un côté, on trouve les cons plutôt gentils, les braves cons, de l’autre, les cons plutôt méchants. Souvent confronté et de façon quotidienne aux deux familles, chacun a pu tirer de ses observations anthropologiques in situ une leçon d’importance : il semble, à ce qu’on dit, que le con gentil, bien que cousin germain du con méchant, soit beaucoup plus inconscient de sa connerie. Ce qui, même si cela ne l’exonère pas de sa responsabilité, le différencie du con méchant, très proche, lui, du parfait connard.

Le con au bureau gentil

Le con au bureau gentil entre dans la catégorie appelée aussi « imbécile heureux ». On pourrait même dire que le con gentil renvoie chacun et chacune à une attitude presque paternaliste. Le con gentil peut être ainsi attendrissant, et ce d’autant plus que chacun d’entre nous le sait bien : il vaut mieux « subir » un con gentil qu’un con méchant. Le con gentil a cette excuse de ne jamais le faire exprès. Chacun de ses actes, qui pourrait paraître fourbe ou mesquin pour un non-initié, est commis sans aucune arrière-pensée : il « n’a pas vu », « ne sait pas », « se trompe », « oublie », « décale », « annule », met ainsi régulièrement tout le monde et vous-même dans une belle panade… mais inutile de lui en vouloir, il saura s’excuser et même se confondre en excuses. C’est une sorte de caricature réussie d’incompétence, mais il est mignon, il fleure bon les souvenirs d’enfance, c’est un peu comme avoir son Oui-Oui au bureau, et s’attendre à tout moment à voir débarquer Potiron. Au final, comme on ferait du social, voire de l’humanitaire, chacun s’emploie à couvrir ses nouvelles bévues en pensant : « Le pauvre… Ah lalalala-lala, il ne nous l’avait pas encore faite, celle-là ! » Pour tout cela, je suggère que les cons gentils figurent, au même titre que les ours slovènes des Pyrénées, au rang des espèces protégées. Car ne nous y trompons pas, si un con au bureau gentil demande beaucoup d’énergie à l’organisation, cela vaut toujours mieux que le plus gentil des cons méchants. Il est donc important, dès lors, d’organiser au mieux la protection du con au bureau gentil, quitte même, dans certains cas, à le protéger du con méchant, qui, vous vous en doutez, n’en ferait qu’une bouchée.

Le con au bureau méchant

Ne vous y fiez pas et, surtout, ne copinez jamais avec lui : le con au bureau méchant n’a rien d’un agneau des Pyrénées (celui qui se fera bouffer par les ours slovènes). Il se situe à mi-chemin entre le kapo et le serpent. Pour rappel, voici l’histoire du serpent et du renard, histoire justement de vous rappeler les choses comme elles sont et non comme vous aimeriez qu’elles soient.

Il était une fois un gentil renard et un serpent qui vivaient dans le désert. Chaque matin, à l’heure où les braves gens s’éveillent, le renard en quête de gibier passait devant le serpent… Et chaque matin, comme à son habitude, le renard saluait le serpent d’un sonore : « Bonjour Chef ». Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, en passant devant le serpent, le renard n’oubliait jamais de saluer le serpent de son fameux : « Bonjour Chef ». Un beau jour, le serpent interpella le renard, alors que ce dernier venait de le saluer du sempiternel : « Bonjour Chef » et poursuivait sa route en sifflotant (dans ce désert les renards sifflotent, NDA). Le serpent lui demanda :

« Eh, renard !

— Oui, Chef.

— C’est quoi cette histoire de chef ?

— Quelle histoire de chef, Chef ?

— Ne fais pas le malin avec moi !

— Je ne fais pas le malin, Chef.

— Arrête avec ça, tu passes, tu me dis “Bonjour, Chef” tous les matins…

— C’est sûr Chef.

— Pourquoi tu m’appelles Chef ?

— C’est simple Chef, tu as une langue fourchue, tu rampes, tu n’as pas de c…, t’es un chef quoi ! 1 »

Le lecteur appréciera la juste portée philosophique de ce conte des sables.

Garde-chiourme de première, fidèle à sa hiérarchie, le con au bureau méchant est d’une couardise et déférence envers ses supérieurs qui confèrent au génie ; et lâche envers ses inférieurs qu’il méprise et ne manque jamais d’humilier dès que l’occasion se présente. Ajoutons, enfin, que le con méchant de série n’est en final peut-être pas aussi dangereux que cela, en ce sens que sa connerie est unanimement reconnue. Certes, il est mauvais comme la gale, mais de façon assez équitable. C’est le modèle classique du porte-serviette limité qui a gravi les échelons à l’ancienneté de ses méfaits. Il est sur le dos de tout le monde à longueur de temps. Et, naturellement, tout le monde en a plein le dos. Mais, parce que qui trop embrasse mal étreint, procédant par roulement, le con méchant standard a une fâcheuse tendance à se disperser, générant chez son public un certain fatalisme. Aussi, au final, ses misérables actions n’affectent-elles plus toujours beaucoup de monde. C’est un fatigant prévisible assez bas de gamme, mais qui a son petit succès dès lors que vous êtes un peu fragilisé. Le con méchant, même standard, oblige donc à ne jamais dormir que d’un œil sur son lieu de travail, car, qu’il vente ou qu’il pleuve, il reste avant tout un nuisible.

Le con au bureau méchant et psychopathe

Au-delà, du con au bureau méchant, il y a le con au bureau méchant et psychopathe. Si le premier fonctionne exclusivement aux antidépresseurs, le second fonctionne à l’hémoglobine. Autant le dire tout de go, c’est un con qui pollue énormément ; il est donc très mauvais pour son environnement. Aussi doit-il être envoyé sans négociation ni préavis à la casse. Car ne vous bercez pas d’illusions, ne comptez pas le changer. Inutile en effet de nourrir de faux espoirs, oubliez immédiatement vos derniers relents d’humanisme, et ce quel que soit son âge. Comme nous le rappelle avec sagesse Jean Dion :

La différence essentielle entre un jeune con et un vieux con réside dans le temps qu’il leur reste à être con.

Le con méchant et psychopathe, lui, est très simple à reconnaître. C’est le con qui, clairement, pour une raison pas toujours bien identifiée, vous a pris pour cible. Pour revenir à une approche rationnelle du psychopathe en col blanc, revenons à la définition : « La psychopathie est un processus déviant du développement, qui se traduit par un trouble fonctionnel de la personnalité, caractérisé notamment par un excès d’agressivité pulsionnelle et une incapacité à nouer des relations d’objet. » Bon, ensuite, il y a toutes les variantes.

Ce type de con au bureau est tout à fait intéressant pour notre science en devenir (mais on n’est pas inquiet, quelque chose me dit qu’elle a de beaux jours devant elle) car, à la différence du con méchant standard, il s’affiche dans l’excès. De lui, on peut dire que c’est un con-pulsif qui excelle dans des approches one-to-one poussées qui ridiculiseraient les techniques de marketing direct les plus avancées. En quelque sorte, il est à la connerie au bureau ce qu’est la crème Chantilly à un banana split pour un obèse : pas du tout indispensable. Lorsqu’on le croise, le seul mot qui puisse venir à l’esprit d’un être humain, c’est ÉRADICATION (prononcez : dératisation). Bref, il est la connerie incarnée dans sa démesure la plus totale. De plus, sans qu’il ne s’en aperçoive lui-même (il est vraiment très con), ses excès répétés le mettent en danger, ce dont, clairement, à vrai dire, tout le monde se moque.

Pour dire les choses sans détour, excepté un coup de boule, rien n’arrête ce grand malade de la connerie.

Ses méthodes sont visqueuses quoique s’inscrivant dans une longue tradition d’acharnement : vous disqualifier, vous harceler au quotidien à peu près dans tous les domaines sur lesquels il a autorité sur vous, vous humilier… tout cela, c’est sa raison de vivre. Le con au bureau méchant et psychopathe ratisse ainsi au plus large dans les méthodes d’avilissement.

Pas de chance pour vous, vous êtes son obsession. Pourquoi ? C’est la première question que se pose tout harcelé. Et même si j’énonce différentes raisons, vous devez avant tout savoir qu’elles ne sont pas raisonnables puisque l’inacceptable n’est pas à accepter. Parmi les explications qui peuvent être données (j’y reviendrai ci-dessous, toujours dans cette fameuse leçon n° 7 ; patience, cela se rapproche) : vous lui faites de l’ombre ; vous ne semblez pas reconnaître sa magnificence ; vous avez refusé ses avances (je suis très sérieux, cela a presque toujours à voir ; même si, j’en conviens, c’est pour une grande part inconscient chez lui ou chez elle, que cette attirance soit hétérosexuelle ou homosexuelle, que le monsieur ou la dame soit de l’un ou de l’autre bord) ; vous semblez ne pas le craindre… Autant de choses que le con au bureau psychopathe ne peut que prendre en grippe.

De façon plus anecdotique, ce type de con au bureau brille par une absence de savoir-vivre qui, au sens premier du terme, fait redécouvrir l’âge des cavernes. À comparer, nous disait un jour une victime parlant de son con de compagnie, Cro-Magnon, c’était un nain.

Se pensant autre, ce con au bureau s’est fait du mépris un habit de tous les jours. Visiblement non informé des règles d’usage face à une porte, il peut entrer sans frapper dans votre bureau (j’en reparlerai parce que c’est là un signe fort de la connerie). Ayant certainement perdu son téléphone, il utilise le vôtre. Ignorant du travail en équipe pour le reste, il s’attribue votre travail ou, selon son humeur versatile, le disqualifie et vous déjuge. Et surtout, chaque année, il prend un malin plaisir à vous évaluer de façon nauséabonde. Ce rituel correspond chez le con au bureau à une sorte d’orgasme interne qu’il est difficile de comprendre pour le commun des mortels, le con ayant aussi ses mystères physiologiques  – sauf à dire que le con jouit, mais là, c’est une autre histoire. Nous noterons que c’est souvent à cette occasion que ce con donne réellement toute sa mesure ; on peut dire alors, parce qu’il donne en cette occasion le meilleur de lui-même, qu’il tourne à plein régime.

Pourtant, plutôt que d’être affecté par ses commentaires navrants, venant de ce sous-rien, vous devez comprendre que ses évaluations sont révélatrices d’un symptôme tout à fait remarquable, puisqu’il vous accuse généralement de tout ce qui fait sa belle médiocrité au quotidien. Cela s’appelle un transfert. Dit autrement encore, à cette occasion, il ne montre jamais autant de lui-même que ce qu’il veut vous cacher.

Bien sûr, mieux comprendre son système de fonctionnement ne vous soulage en rien de votre souffrance. Comme dirait l’autre, cela vous fait une belle jambe. C’est pour cela qu’il vous faudra être incisif et apprendre à répondre à chacune de ses attaques de façon circonstanciée. Je sais, c’est pénible, humiliant. Mais, face à la connerie abyssale, il faut parfois accepter de se mettre en apnée.